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Journal de bord n°60
Cette semaine par Amaury Bironneau, Administrateur du bord.
Nous sommes en train de faire route sur la mer de Java vers Macassar
après avoir quitté Tanah beru, son chantier maritime,
ses marins Bugis sans oublier bien sûr ses eaux agitées
par un vent de mousson puissant arrivant au hasard des ses envies
et sans jamais s'annoncer.
Imprévus, découvertes, échanges, telles seront
donc les images et les sensations qui me resteront de notre passage
sur cette terre volcanique.
Terre peuplée d'Hommes, pour qui la valeur du travail bien
fait, le goût de l'effort et l'amour de leur métier
leurs permettent de créer de toutes pièces et sans
aucun plan des bateaux traditionnels nommés " Pinisi
".
Sillonnant les mers d'Asie, d'Orient et du Pacifique, et acheminant
bois, vêtements, épices et autres denrées, ces
élégantes goélettes , cousines lointaines de
La Boudeuse, peuvent atteindre parfois plusieurs dizaines
de mètres, peser des tonnes et demander des années
de travail.
Mais comment font-ils ? Quels outils utilisent-ils ? Comment vivent
ces hommes ? Nous étions là pour le découvrir
et comme l'esprit et le but de La Boudeuse est avant tout
d'observer, d'agir et de créer, nous voulions donc en priorité
participer et travailler coude à coude avec eux .
Jours après jours, nous avons donc été à
leur côté portant des poutres, serrant des joints,
taillant des rivets, jouant de l'herminette, de la hache et de rabots,
sur un bois de fer aux senteurs épicées.
Le bois qui est au cur et à l'origine de leur travail
était débarqué le matin même de contrées
voisines telles la Papouasie, Florès ou encore de Java.
Notre force et notre légitimité, c'est au début
à La Boudeuse que nous les devions car nous ne venions
pas de la terre tout droit sorties d'un quelconque circuit touristique
en soif d'aventure, mais nous venions de la mer, portés par
une goélette qui était capable de rivaliser avec la
plus grande Pinisi jamais construite à Tanah beru et qui
par delà les mots suscitait déjà la curiosité
et le respect.
Nous étions donc au début les émissaires de
La Boudeuse, ce qui valait sans doute la plus belle carte
de visite au monde.
Au fil des jours, nous sommes parvenus à nouer des liens
de confiance avec les charpentiers et à chacune de nos arrivées
nous étions accueillis avec de larges sourires, s'inquiétant
même de l'absence de l'un ou de l'autre d'entre nous.
Nous étions invités chez eux à venir voir
leur maison, partager un repas ou encore ce qui fut pour moi, chrétien,
une expérience inédite, assister à l'enterrement
d'un de leur proche dans la tradition musulmane, me sollicitant
même pour porter la dépouille jusqu'au cimetière.
Nous étions devenus légitimes à leurs yeux
Mais il était temps de repartir et après que La
Boudeuse ai longé une dernière fois leur plage
sous une haie d'honneur de Pinisis en construction.
Nous prîmes la direction de Macassar à la recherche
d'une goélette et d'un équipage acceptant d'être
accompagnés lors d'une de leurs campagnes maritime au cur
de l'Indonésie et de ses innombrables îles.
Adieu Bassau , Matti, Jalou, Sidinn et tous les autres charpentiers
de marine et de toutes façons à très bientôt
car quoi qu'il arrive, La Boudeuse repassera à Tanah
Beru
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