Journal de bord n°59
Cette semaine par Baptiste-Jean Henry, Lieutenant mécanicien


06h00 du matin ce jour de janvier 2006, le ciel s'empourprait des premiers rayons de soleil laissant apparaître le relief montagneux , découpé de la côte de Macassar : L'Orient… A la barre de La Boudeuse je jubilais. Après l'étouffant Darwin nous arrivions en Indonésie, l'épicé, le riche, le grouillant Orient. Dans la grande baie, les yeux écarquillés, je voulais tout voir, tout enregistrer, ne rien rater. Les dizaines de bateaux de pêche qui relevaient leurs filets au petit matin, les dizaines de vieilles coques en acier - cargos, vraquiers, etc. - au mouillage devant l'entrée du port un peu plus loin, les îles aux alentours, et la ville qui se découvrait devant moi ; et le soleil, rouge, majestueux. Nous y étions, et quelle entrée en matière !

Les pêcheurs à bord de leur pinesi (les bateaux traditionnels indonésiens) nous saluaient tous d'un geste de la main, avec un grand sourire. L'accueillant, le bruyant, le légendaire Orient… Sur les traces de l'ami Conrad nous allions au port de Paotere.

Il fallait encore manœuvrer pour éviter la furia des bateaux de pêche qui allaient et venaient dans tous les sens, ne respectant pas trop les règles de priorité et dont le sillage s'accompagnait d'un incroyable vacarme : " Teuf-Teuf " de tondeuse à gazon, filant bas sur l 'eau. Puis le magique slalom à petite vitesse entre les cargos en attente au mouillage. Tous plus ou moins rouillés, certains carrément pourris, d'autres avec du linge qui séchait étendu le long de la passerelle de navigation ; mais toujours ces amicaux sourires et saluts des membres d'équipage qui venaient voir La Boudeuse, fier trois mâts goélette, se faufiler entre tous ces navires, naviguant plus ou moins à vue, se frayant un passage dans ces eaux qu'elle ne connaissait pas et qu'elle découvrait en même temps que son équipage…

Restait la manœuvre d'entrée dans le port. Toujours à la barre j'essayais de suivre les consignes du chef de quart ; mes yeux grand ouverts suivaient l'alignement des deux bouées rouges en ne perdant pas une miette du spectacle de l'activité humaine qui semblait régner plus loin sur les rives. Derniers repérages, marche arrière enclenchée. Entre deux cargos indonésiens nous mouillions l'ancre. L'air était moite, chaud et faisait perler des gouttes de sueur sur nos fronts. Excités et impatients, nous devions encore attendre la visite des douanes et des services d'immigration, recevoir nos " shore pass " (ces papiers qui nous autorisent à aller à terre) pour enfin pouvoir fouler le sol indonésien… A nous bientôt les " mi goreng ", " nasi goreng " et autres spécialités culinaires, à nous les trajets en pousse-pousse d'un autre temps tout droit sortis d'un album de Tintin, à nous enfin le droit de voir, de toucher, de sentir cette civilisation à part, inconnue, fiévreuse… Bientôt l'Orient serait à nous…


 

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